samedi 22 décembre 2012

le piano

Sur la chaussée, un piano renversé
Les autos klaxonnent pour l’éviter
De son vélo d’acier descend le policier
Son carnet à souche pour verbaliser

Monsieur le piano à Queue vous êtes en travers !
De la chaussée aux pavés réguliers
En tant que policier, je suis en colère
Veuillez me donner, vos papiers !

Le piano, souffle rauque dans le caniveau
Ses pieds sont cassés, il ne peut remuer
La pluie vient à tomber et lui gèle les os
Il sent que ses cordes risquent de rouiller

Le policier hurle, les passants s’attroupent
La foule goguenarde se moque du piano
Ils s’en viennent tous à la mauvaise soupe
De la petite haine et tapent sur son dos

Le vieux piano à queue en perd les pédales
Ses petits marteaux claquent sur son métal
Il se sent seul et lourd, il a mal au mental
Personne n’a pitié, ni ne voit le scandale

Une enfant de douze ans qui passait dans la rue
Se précipite et hurle, soudainement émue
Que l’on frappe un piano renversé et déchu
Tout cela l’insupporte plus qu’on ne l’aurait cru

La foule qui voulait rire soudain voit sa méprise
Le képi de l’agent s’envole dans le ruisseau
Et l’enfant de douze ans qui allait à l’église
Prend son temps et se penche consolant le piano

Voyez la scène, une jeune fille sage, un piano antique
Un policier en larmes, une foule enfin sympathique
Et la rue sous la pluie où personne ne se dit
Que ce n’est pas normal un piano sans ami

D’où venait ce piano à la longue queue d’ébène
Et qui le renversa dans la rue des pavés ?
Comment en un instant séduisit-il Hélène
C’était le prénom de l’enfant qui le sauvait …

Toutes ces questions parfument l’humanité
Et depuis mon balcon j’en ai tant vu passer
Je me sens en ce soir un rien désaccordé
Même si je vois naître une belle amitié

 Même si je vois naître sous les doigts de l’enfant
Des accords gracieux et un bel air chantant
Un policier touché, regrettant sa rudesse
Une foule parisienne soudainement en tendresse

Ne laissez pas les pianos abandonnés, glisser sur la chaussée mouillée !

samedi 15 septembre 2012

Poulet

À l'école numéro un
Le maître était sévère
Et tapait dans ses mains
Ou sur nos têtes émues et nues
Avec une règle en fer


Mon maître avait de larges oreilles
Et tirait les nôtres en grinçant des dents
Mon maître numéro un était fort méchant !
Il se moquait souvent du grand Poulet au fond de la classe
Poulet était si grand que ses pieds passaient par les trous de ses godasses
Poulet regardait le maître les doigts dans le nez
Si calmement que je l'admirais
Dans la cour nous jouions aux osselets
Si je perdais, il me laissait gagner


«  Tu savais déjà lire avant de venir à l'école  !  »
Me disait-il admiratif
«  Moi, je suis bête comme une casserole  »
Jamais plaintif,

J'avais appris à lire c'est vrai
En lisant Blanche-Neige
Sur les genoux de ma mère
En des temps calmes et heureux
Des temps de sortilèges
Des temps de rêves délicieux
De chansons et d'histoires
Des temps où la mémoire
Faisait collection
De toutes les observations

A l'école numéro un
Le goudron était dur
Et les genoux en feu
Nous étions vingt et deux
Que des gamins
Pas tout à fait malheureux

L'encre était violette
Et la blouse du maître
Grise comme ses lunettes
A l'école numéro un
Nous étions tous copains
Sous nos blouses battaient les cœurs vaillants
De nos amitiés folles d'enfants

Le soir, nous avions des cabanes
Des framboises dans le sentier
Des sarbacanes pour souffler
Sur la mauvaise journée
Et les livres toujours
Pour me consoler

A l'école numéro un,
Le maître n'était pas quelqu'un de bien
Les hommes des cavernes vivaient de chasse et de poisson
Ils étaient vêtus de peau de bêtes
Après  ? j'ai oublié la leçon,

Il ne reste plus un crayon
Mais je ne t'oublie pas Poulet
Tes grands pieds et ton amitié

A l'école numéro un,
J'ai appris la fraternité  !


samedi 1 septembre 2012

Poucet


Quand j’étais petit, j’étais très ami
Avec Poucet
À la sortie de l’école, jambes folles,
Nous courrions voir la Peau d’Âne
Elle sentait un peu mauvais
Et nous ne mangions jamais
Son gâteau

On repartait, les jambes folles
Elles tremblaient un peu, nos guibolles
Mais nous l’aimions bien la Peau d’Âne
Elle était douce et triste
Quand elle nous regardait

Quand j’étais petit
Nous n’étions pas amis avec le Petit Prince
 Il nous agaçait, avec ses principes, sa rose et son mouton
Il ne jouait jamais dans l’herbe haute du jardin
Et encore moins à saute- mouton

Il avait trop vite grandi d’après la psychologue
Ses parents étaient partis disaient mes parents
Alors,   il s’inventait des histoires
Mais Poucet aussi avait eu des problèmes avec ses parents
Ça ne l’empêchait pas de rire et bien souvent !
J’aimais quand il piquait les bottes d’un très grand
Il sautait haut par-dessus les collines
On tombait dans l’herbe, les ravines
On se roulait dedans
Poucet riait et je riais
C’était ça le bon temps !

Mais que voulez-vous, c’est comme Cendrillon
Avant elle était si gentille, mais depuis, elle nous regarde de haut
Jamais plus elle ne prendrait le métro
Alors,  on la laisse tranquille, c’est une fille
Bien plus jolie que les jonquilles
Et bien maligne dit ma maman
Qui en sait long sur tous les gens

Quand j’étais petit, j’étais très ami
Avec Poucet
Il était toujours d’accord pour partir au loin
Et on se perdait et on revenait
Nous nous disions tous nos secrets

Il me racontait sa vie, je lui lisais des livres
Il ne lisait pas bien Poucet
Ça lui donnait un air inquiet
Quand la maîtresse lui demandait

Alors, je lui montrais les lettres, en cachette
Quand il les sut, il me serra la main
Puis il partit pour le vaste Monde en me disant
Je suis grand maintenant, tu comprends ?

Quand j’étais petit, j’étais très ami, avec Poucet.

le cartable

On s'ennuyait un peu,
Mais ce matin mes yeux
Sont plongés dans la marmelade
Mon cartable tout bleu
Sent le neuf
Trois fois trois
D'un drôle d'air, me regarde !
Mon cartable


Je crois que j'ai tout oublié
La ronde majuscule du P
Comment faire pour multiplier
Je ne sais plus rien conjuguer


Mes souliers me serrent
C'est une vraie misère !
La radio exagère
Il faut encore y aller ! y aller ! y aller !
J'ai du beurre sur les mains
Je suis coiffé trop bien
Les autres vont se moquer

J'ai tellement grandi que mes deux genoux ronds
Ne vont pas même tenir
Sous mon bureau vernis
J'irai m'asseoir devant ou plutôt vers le fond
J'ai un peu mal au ventre
Si ça se trouve, vraiment,
Je suis très gravement
Très très beaucoup malade
À cause de la satanée marmelade
Je ne pourrais plus jamais
C'est avec grand regret
S'il te plaît maman
On ne sait jamais
Restons prudents
M'en aller à l'école

La fumée monte de mon bol

Attends un peu !

Mon cartable neuf est tout bleu
Si bleu, si bleu , si bleu !
Comme les yeux de... ces jolis yeux
Mon cartable bleu est neuf,
Tout neuf, tout neuf,neuf
Trois fois trois


Je sors de l'œuf !


Vincent Breton

La rentrée

C'est la rentrée lonlère
Pour ma petite grand-mère
Qui prend son sac au dos
Qui prend sa gibecière

J'ai prévu son goûter
Et glissé son dentier
Avec la pomme rouge
Il ne faut pas qu'elle roule
Sous le bureau du maître

Je parle de la pomme
Vous n'avez vraiment pas la moindre éducation
Mon petit papounet !
Et pour vous j'ai prévu
La blouse bleu pétrole
Pour aller à l'école
Traversez l'avenue !

Maman n'oubliez pas
La barre de chocolat
Et votre ardoise noire
Ou l'on vous grondera !

Rapportez moi des notes !
De belles jolies notes
Des notes de musique
Des notes de lumière

Et si vous êtes sage
Je tournerai la page

Et je vous offrirai
La plus jolie zimage
C'est mon sourire parfait

Pour la jolie maîtresse
C'est la mienne s'il vous plaît
Rentrez chez vous ! je presse
C'est ma rentrée à moi
Mon jour d'école en or
Partez donc laissez moi
Que dites-vous encore ?

Filez ! ça sonne pour moi !
C'est ma maîtresse à moi !

Vincent Breton (2009)